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samedi 27 juillet 2013

Ghéon le gai contre Gide le gay

Henri Ghéon "l'Homme né de la guerre"
Henri Ghéon (1875-1944)
   Henri Ghéon est loin d'être le seul exemple d' "homo pas gay". S'il est le patron et le modèle de ce blog, c'est pour deux raison principales : 

1) sa gaité... anti-gay !
2) et ses rapports avec Gide, qui fournissent un éclairant contraste.

  1) Bonne humeur, joie,  gaité ... précisément dans le renoncement à toute gay-attitude ! Pour Ghéon, pourtant, l'homosexualité n'était pas seulement une tendance : il l'avait pratiquée pendant des années aux côtés d'André Gide, il l'avait affichée, il l'avait même défendue dans ses écrits. Et tout à coup, il décide, après sa conversion au catholicisme, de sublimer ses tendances homosexuelles en s'interdisant désormais tout passage à l'acte. Il veut devenir pleinement maître de lui (à la suite de son fugitif ami, le lieutenant Pierre Dupouey). Il veut dominer sa tendance, en libérant non seulement son corps, mais aussi son imagination et jusqu'à son regard.


Henri Ghéon (1875-1944) a vêcu dans cette maison
68 rue Saint-Didier à Paris


   D'autres homosexuels ont affronté la même difficulté : Louis Massignon (converti au catholicisme en 1908, après une longue liaison avec le dandy devenu musulman Luis de Cuadra et quelques aventures homosexuelles-arabes en Irak), Julien Green (converti au catholicisme deux ans après Ghéon, en 1916), Max Jacob (qui s'est fait baptiser en 1915), François Mauriac, etc.(pour se contenter de quelques écrivains du 20e siècle). Mais ils restent généralement tourmentés, inquiets, agités, là où Henri Ghéon paraît paisible, joyeux, presque lumineux. Cette gaité rayonnante en fait un excellent modèle d'homo pas gay.


André Gide et ses amis au Café maure de l'exposition universelle de 1900 (peinture de Jacques Emile BLANCHE). Henri Ghéon est debout, à gauche, chapeau sur la tête, à côté du tunisien Athman Ben Salah.
  2) Et puis il y a le contraste fourni par ses relations avec son camarade de débauche pendant plusieurs années, André Gide. André Gide hésita, lui aussi, à passer au catholicisme. En 1916, dans un travail qui restera inachevé (Numquid et tu), il déclare au Christ : 
   Seigneur, ce n'est pas parce que l'on m'a dit que vous étiez le fils de Dieu que j'écoute votre parole, mais votre parole est belle au-dessus de toute parole humaine, et c'est à cela que je reconnais que vous êtes le Fils de Dieu.
   La même année 1916, Gide écrit à Ghéon, à propos de sa conversion :
  Je t'embrasse ; tu m'as précédé.
   Mais le mouvement ne va pas à son terme.En 1917, tout se bloque.

   Le 23 mars 1917, à la réception d'une lettre de Ghéon, Gide note dans son Journal
    Lettre de Ghéon des plus touchantes. Mais, malgré quelques rares et timides velléités, mon âme reste inattentive et fermée - trop amoureuse de son péché pour consentir à s'acheminer sur la route qui l'en éloigne.
   Phrase tragique : Gide se sent touché par l'appel de son ami (et, sans doute, intérieurement, par l'appel de Dieu). Il éprouve une certaine velléité de répondre à cette appel. Mais pas plus qu'une velléité. Il sent son âme se fermer. Il n'arrive même pas à agir de façon raisonnable, en prêtant attention à ce qui lui est dit. Ses facultés supérieures (intelligence et volonté) sont comme paralysées, annihilés par les passions inférieures : l'amour du péché.

   Phrase tragique pour Gide, et pour tout ce qu'elle révèle de l'idéologie gay (refus du réel, auquel on préfère ses passions). 
"La Lecture" (peinture à l'huile de Théo Van Rysselbergue, 1903).
Chez lui, à Saint-Cloud, Emile Verhaeren (en rouge) lit ses poèmes à divers amis, parmi lesquels André Gide (à droite, assis dans un fauteuil, la main sur la tempe) et, debout derrière lui, accoudé sur ce fauteuil, Henri Ghéon.
(Musée des Beaux-Arts, Gand).

Autres personnages : assis à l'extrême gauche du tableau, le biologiste-philosophe Félix Le Dantec ;

  également assis : les écrivains Maurice Maeterlinck (à droite) et Francis Viélé-Griffin
; de dos : le peintre Cross ;

debout, appuyé contre la cheminée, une cigarette à la main : le critique d'art Félix Fénéon.
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   Voir aussi : - Henri Ghéon : l'homme né de la guerre (1914).

                      - Pierre Dupouey (1877-1915) : l'homme qui changea Henri Ghéon.
        
                      - Contemporain d'Henri Ghéon (1875-1944) : Max Jacob (1876-1944), le poète homo devenu ermite.


  

1 commentaire:

  1. Votre blog et vos analyses sont vraiment très intéressants à suivre. Vous mériteriez d'être davantage connu.

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